Vandana Shiva, militante écoféministe


Girlboss / lundi, décembre 17th, 2018

Vandana Shiva est une militante indienne à la fois écologiste et féministe, philosophe des sciences de formation, elle a été baptisée « héroïne environnementale » par le Times Magazine. Depuis la fin des années 1970 elle s’illustre par des combats pour préserver des zones naturelles menacées de destruction et pour préserver les communautés qui vivent de ces ressources naturelles. Elle a participé à l’un des premiers mouvements « Chipko » (ce qui signifie « enlacer » en hindi), dans la région du Garhwal où toute une communauté s’est mobilisée pacifiquement pour empêcher l’exploitation d’une carrière de calcaire. Cette dernière aurait entraîné la détérioration de l’environnement, et particulièrement la pollution de l’eau de la vallée. Ainsi, les communautés villageoises, encouragées par des mouvements de défense de l’environnement, ne se soumettent pas et défendent leur qualité de vie et leur économie.

Vandana Shiva a également activement combattu la modification génétique et le brevetage des graines en Inde : grâce à son association Navdaya les graines de neem, de riz basmati et de blé n’ont pas été brevetées, elles restent donc une propriété publique à tous les agriculteurs indiens.

“You cannot insert a gene you took from a bacteria into a seed and call it life. You haven’t created life, instead you have only polluted it.” – Vandana Shiva

Grande critique de la mécanisation et de la notion de progrès, telle qu’elle est défendue par la révolution industrielle, Vandana Shiva est l’une des principales intellectuelles de la pensée écoféministe. Selon elle, les luttes contre l’exploitation de la nature et contre l’exploitation des femmes sont intimement liées. La féminisation de la pauvreté est un phénomène mondial. Dans les sociétés patriarcales, les femmes sont rarement pleinement libres de leur destinée. De plus, dans la tradition hindoue, le principe créateur de toute chose, Shakti, est un principe féminin, la nature possède donc des caractéristiques dites « féminines » – sans bien entendu être propres aux femmes.

Aussi, pour ce mouvement, la révolution industrielle est basée sur une science mécaniste clamant la mort de la nature, justifiant ainsi son exploitation à outrance. La pensée écoféministe remet donc la nature au centre des préoccupations humaines, puisque c’est elle qui permet aux humains de vivre. Il s’agit donc d’une lutte contre tous les types d’exploitation, et l’infériorisation des femmes. Pour l’écoféminisme, la libération de la nature ne peut se faire sans une revalorisation de la place des femmes au sein des différentes sociétés à travers le monde. Il s’agit de revaloriser des caractéristiques dites féminines, telles que le soin (care en anglais) apporté à sa famille et à sa communauté et un rapport moins mécaniste à la nature et aux êtres humains.

Des exemples concrets d’actions écoféministes témoignent de la possibilité de construire un monde différent, non plus basé sur l’accumulation du profit, l’appropriation des richesses et l’exploitation des ressources naturelles et humaines, mais sur la revalorisation de l’environnement et des richesses humaines. L’écoféminisme critique la notion de progrès : d’après elle, un progrès entendu au sens d’accumulation de richesses au détriment de la nature et de la vie humaine n’en est pas un. Pour l’écoféminisme, le progrès, c’est un plus grand respect pour la vie en général? et la revalorisation de qualités de soin, de prise en compte de chacun. Il s’agit de combattre les valeurs destructrices, mécaniques, dominatrices, des industries modernes. Ainsi l’écoféminisme est un vecteur de progrès, dans un sens revalorisé de la notion de progrès.

Actuellement, le village de Piplantri au Rajasthan vit selon les principes de l’écoféminisme : à travers la valorisation de valeurs moins masculines, un plus grand respect de la nature et des femmes, un plus grand respect pour la vie en résumé. La communauté possède une agriculture saine et efficace? et ses conflits ont été énormément réduits. C’est une communauté bien plus en paix, grâce au respect accordé à la vie. Pour Vandana Shiva, là où les économies patriarcales modernes ne voient que le profit et non la vie, la « logique féminine » comme elle l’appelle apporte de la régénération et permet aux communautés asphyxiées par ces économies de prendre un souffle nouveau et de survivre.

 

Eve-Marine Bacqueyrisses

Les ressources :

GANDON Anne-Line, « Ecoféminisme : une pensée féminine de la nature et de la société » in Recherches féministes, vol. 22, n° 1, 2009
LARRERE Catherine, « L’écoféminisme : féminisme écologique ou écologie féministe » in Tracés 2012/1 n° 22
SHIVA Vandana, Staying Alive, Women, Ecology and Survival in India, Kali for Women, Londres, 1988,
J. BANDOPADHYAY, V. SHIVA, “The Chipko Movement against Limestone Quarrying in Doon Valley”, Locayan Bulletin, 5:3, 1987

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